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e-Learning 4.0 : comment apprendrons-nous en 2030 ?

octobre 17, 2009

Cet article écrit en juin 2008 est le fruit de réflexions sur l’apprentissage à l’ère du numérique, et s’inscrit dans une perspective de développement des usages pédagogiques du numérique. Ces derniers nécessitent la mise en oeuvre de politiques de développement des compétences et des infrastructures indispensables aux individus et aux pays pour devenir de réels acteurs des sociétés du savoir.


Executive summary

 

En 2030, un nouveau paradigme de l’apprentissage et des échanges aura vu le jour. Il n’y aura plus de séparation entre les temps d’apprentissage et le reste de la vie : l’apprentissage se fera tout au long de la vie, à des rythmes personnalisés et de façon contextualisé. Le Web 4.0 sera l’ère de la communication et non plus celle de l’information. Des premiers internautes assez passifs utilisant Internet pour la recherche d’informations, nous serons devenus les véritables acteurs du Web, aidés par des agents issus de l’intelligence artificielle et par les technologies de pointe. Notre appartenance à des réseaux (sociaux, professionnels, personnels, etc.) fera partie de notre culture, une culture de la communication. Nous y tiendrons de nombreux rôles, comme dans nos autres formes de vie sociale. Dans le contexte de la formation, nous serons apprenants, tuteurs, médiateurs, pairs, experts, passeurs de savoirs, etc. Mais nous serons des utilisateurs avisés et des communicateurs expérimentés.  À l’instar des réseaux informatiques, des outils de communication interactifs, et de notre environnement « virtuel », la société aura adopté de nouveaux comportements sociaux et adapté ses institutions afin de permettre à nos univers (ex : nos vies virtuelle et réelle) de s’interconnecter le plus naturellement du monde.

Le pari du monde de l’éducation et de nos sociétés est de comprendre maintenant les enjeux majeurs de notre future société de l’information et de la communication. D’immenses possibilités d’apprentissage et d’échanges seront accessibles ; à nous d’anticiper et de nous poser les bonnes questions en termes de modèles pédagogiques aujourd’hui pour mieux préparer notre société d’après-demain.

Il est certain que l’apprentissage ouvert et à distance se développera largement d’ici à 2030 et que les systèmes éducatifs seront transformés, étant donné les enjeux énergétique et économique auxquels nous faisons face : nous devons adapter nos vies et consommer l’énergie de façon la plus raisonnable et économique possible. En ce sens, la gestion du temps, de la mobilité et de l’énergie consommée doivent être pris sérieusement en compte dans la gestion de l’apprentissage. Les technologies informatiques et de la communication de 2030 devront respecter  les principes du développement durable. Mais c’est aujourd’hui que cela se prépare.

Quelle sera la place du e-learning dans l’éducation et l’apprentissage en 2030 ? Quels seront les différents types et modes d’apprentissage ?

« Anyone, anytime, anywhere » ou l’apprentissage pour tous, à tout moment et partout

En 2030, nous pourrons apprendre à tout moment et n’importe où. L’apprentissage sera-t-il également « pour tous » ? Souhaitons-le, mais cela sera possible à condition d’une prise de conscience collective que l’éducation est un droit universel et un devoir qu’à chaque société envers ses citoyens, et que l’accès à l’éducation est indispensable à l’évolution des nations et des sociétés.

En 2008, la fracture numérique est une réalité criante. La famine, l’analphabétisme, la pauvreté en général, gagnent du terrain. Tandis que les écarts se creusent, la technologie avance et offre toujours plus de moyens de relier les personnes. Il est aujourd’hui possible de collaborer, d’échanger et de partager d’un bout à l’autre du monde grâce aux réseaux IP et mobiles. Mais la qualité des réseaux et des infrastructures n’est pas la même partout. À qui profite la technologie ? Sans l’alphabétisation, la technologie sensée relier les hommes laissera derrière elle des millions d’analphabètes du monde entier. Et mettra encore plus de distance entre les riches et les pauvres. Pourrait-on alors parler de système ouvert, de démocratie numérique, ou de Web social, si seule une toute petite partie du monde est réellement concernée ?

L’offre de formation à distance sera extrêmement plus riche et répandue qu’aujourd’hui. Mais il me semble que le terme actuel d’apprentissage ouvert à distance ne couvrira plus tout à fait la même notion. Nous sommes au début de l’ère de la mobilité et du e-learning, par conséquent, la FOAD s’oppose encore à un apprentissage en présentiel et rattaché à une institution spécifique. Certes, un nombre non négligeable d’universités et d’instituts proposent déjà des formations diplômantes ou certifiantes à distance ou selon un programme mixte (présence – distance). Mais avec la généralisation des technologies numériques et des réseaux, l’ouverture des sytèmes et le développement des communautés de savoirs et de pratiques, l’apprentissage devra être géré à un niveau plus global lui aussi. Nous pourrons probablement suivre une formation proposée par une université dans un pays puis poursuivre notre formation dans un autre pays ou dans une autre institution, avec une reconnaissance des équivalences et le transfert de notre passeport d’apprenant. Ceci sera possible notamment grâce à l’adoption de normes communes en FOAD et d’échelles d’évaluation communes.

La gestion de l’apprentissage devra répondre aux besoins de formation tout au long de la vie, et surtout à un besoin de formation contextualisée, tantôt formelle, tantôt informelle, professionnelle, personnelle, académique, etc. C’est grâce au e-learning et à une infrastructure réseau global mature que nous y parviendrons.

Les outils collaboratifs et de communication, les outils d’évaluation, d’autres encore, ne seront pas seulement ou majoritairement utilisés en situation d’apprentissage à distance, c’est-à-dire en l’absence physique de pairs et de professeurs ou tuteurs, mais également dans le contexte de regroupements physiques des membres d’une communauté d’apprentissage, à l’école comme à l’université. En 2030, les établissements éducatifs seront équipés de campus numériques très performants et du réseau sans fil de type WIMAX. En effet, nous saurons alors parfaitement exploiter les avantages et les fonctionnalités de ces outils, d’autant plus qu’ils s’intègreront parfaitement aux scénarios d’apprentissage, de collaboration et de transmission des connaissances.

L’apprentissage sera résolument communautaire et la méthode socio-constructiviste, le réseautage social, le tutorat, l’évaluation entre pairs, permettront la participation active de l’apprenant dans sa formation. L’apprenant sera alors un co-apprenant, un collaborateur et un contributeur. Son rôle ne sera pas celui d’un simple enseigné, mais aura plusieurs rôles. Avec le sentiment d’appartenance à un groupe, l’apprentissage sera alors un but communautaire et les sources de motivation infiniment plus riches !

Les dispositifs d’apprentissage « e-learning » seront multimodaux, associant la 3D, la Voix sur IP, la Vidéo sur IP, le clavier, et le tactile, et permettant d’enrichir le contenu des grains d’apprentissage. Les outils de création de contenu permettront d’assembler et de construire  des scénarios pédagogiques multiples voire illimités où l’apprenant dispose des outils et apprend selon les méthodes qui conviennent le mieux à la mémorisation, à l’acquisition de connaissances et de compétences. Il pourra expérimenter, construire son savoir par la pratique, par l’échange et l’évaluation avec ses pairs et ses tuteurs. Le e-learning 4.0. offrira un apprentissage résolument plus performant, puisque basée sur la pratique : « La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information. » (Albert Einstein).

Le principe du jumelage et du réseau entre les écoles, lycées, universités par des projets communs et des travaux collaboratifs seront beaucoup plus développés qu’aujourd’hui. Reliés par Internet et les réseaux, nous pourrons co-apprendre avec des personnes de cultures et de langues différentes, que nous partagions les mêmes objectifs d’apprentissage ou que nous ayons des capacités et compétences complémentaires par exemple. Cela multipliera les possibilités en termes d’expériences d’apprentissage. Nous pourrons également faire appel à des traducteurs automatiques pour communiquer lorsque les barrières linguistiques le nécessiteront. Ces outils seront d’autant plus efficaces que les échanges seront liés à un contenu pédagogique et à un domaine connus, rattachés à des objectifs pédagogiques prévus par un cadre général de référence, au niveau européen par exemple, mais également à d’autres niveaux. Ainsi, la base de connaissance du traducteur automatique en temps réel sera mise à jour et intègrera les différentes notions abordées dans les objets d’apprentissage. Qui plus est, d’ici 2030, l’intelligence artificielle aura beaucoup progressé.

Les outils interactifs seront exploités aussi bien en mode distantiel qu’en mode présentiel. Ils permettront d’améliorer la qualité et l’efficacité des séances de travail et des cours : les participants pourront répondre à des enquêtes, poser des questions ou voter. Le professeur pourra ajuster certains paramètres de son intervention : réexpliquer, aborder un thème spécifique, répéter une phrase ou réduire son débit de parole. Cela existe déjà, mais cela n’est pas encore monnaie courante.

Avec quelles technologies ?

Au niveau des composants, les nanotechnologies et les fibres optiques auront permis de développer des appareils plus performants, plus résistants, plus petits et plus légers, capables de stocker un volume infiniment plus grand de données, permettant une puissance de calcul et une vitesse de circulation des données jamais inégalés, avec un gain d’espace très important.

L’intelligence artificielle aura encore fait des progrès considérables, et les agents intelligents seront utilisés dans un vaste champ d’applications en informatique et donc pour le e-learning.

Quelle interface homme machine imaginer ? À quoi ressembleront nos ordinateurs et nos outils de communication en 2030 ?

L’ordinateur actuel, composé d’une unité centrale, d’un écran et d’un clavier (et d’autres périphériques externes et dispositifs intégrés : Webcam, micro, imprimante, scanneur, etc.) se matérialisera différemment. Par exemple, le clavier ne sera pas indispensable et l’on peut imaginer qu’il ne sera plus un objet physique réel mais sa représentation synthétique obtenue par une technique s’appuyant sur la nanotechnologie. Une autre possibilité serait d’écrire sur une surface plane comme si l’on écrivait sur une feuille de papier. Des capteurs seraient capables d’interpréter nos actions avec ce clavier ou cette feuille « synthétiques ». Par ailleurs, nous n’aurons pas toujours besoin de saisir les données, grâce à la reconnaissance vocale, qui nous permettra de commander à l’ordinateur un large éventail d’actions (certaines fonctionnalités sont déjà disponibles).

De même, l’affichage des images ne se fera pas nécessairement sur un écran fixe (de télévision, d’ordinateur, etc.) : les données, quel que soit leur type, pourront être représentées de façon synthétique dans l’espace, en 2 ou en 3 dimensions, ou projetées sur toute surface plane et lisse répondant à des caractéristiques spécifiques, et intégrée dans l’environnement architectural. Pour permettre à chacun de visualiser ces objets synthétiques sans que d’autres y aient accès, on pourra utiliser des lunettes ou un autre appareil jouant le rôle d’un mini écran. On peut imaginer que la représentation synthétique des objets ou de données dans l’espace, commandée par l’utilisateur, ne soit visible dans cet espace qu’à sa demande : il peut ainsi partager ou non la visualisation avec d’autres. La technique de représentation synthétique appelée Claytronics, développée à l’Université Carnegie Mellon, ou encore le procédé de l’holographie pourraient donc trouver des applications en e-learning (ex : des encyclopédies).

L’ordinateur pourrait également être constitué d’un écran tactile, de la forme d’une tablette redimensionnable, sans clavier ni souris. L’ordinateur (mémoire et processeur) serait invisible, léger, et portable (intégré à nos vêtements). Des capteurs sensoriels de la voix, de l’image et du toucher, un émetteur et un récepteur, pourraient également faire partie du dispositif.

Nous utilisons aujourd’hui deux modèles d’architecture : « peer to peer » et client/serveur. En 2030, nous aurons basculé du mode client/serveur (matériel/hardware et logiciels/software) à un mode tout réseau nomade (EoIP : « everything over IP »). Il faut élaborer un protocole et une norme qui permettront de ne plus stocker les données sur des serveurs (grosses machines, infrastructure lourde) mais sur le réseau global, leur permettant d’être en mouvement, localisables et sécurisées. Comme dans un organisme vivant, les données seront des vecteurs auxquels seront attachées des informations (métadonnées) permettant de les caractériser, et donc de les suivre, de les acheminer d’un point à un autre à la demande. Les agents intelligents seront capables de gérer la redondance, la contradiction et l’intégrité des données sur le réseau global. Cette architecture en « peer to peer » permettra aux utilisateurs d’utiliser tous les services à la demande et d’utiliser les applications sur le réseau, sans avoir à les installer physiquement sur leur ordinateur comme c’est le cas aujourd’hui avec le système client/serveur et la distinction entre hardware et software.

Les technologies d’après-demain nous offriront de nouvelles fonctionnalités, mais l’innovation mettra sans doute davantage l’accent sur l’adaptabilité des outils aux besoins des utilisateurs, de façon plus intelligence et plus favorable à l’environnement. Ainsi, il sera facile de lire, d’exporter, de diffuser du contenu en fonction des contextes d’utilisation (taille de l’écran, espace et intimité du lieu, etc.)

Grâce aux avancées dans le domaine de l’intelligence artificielle, les outils et robots de demain seront capables d’interpréter nos besoins.

Quelles applications ?

Les applications informatiques de 2030 garderont un grand nombre des fonctionnalités et des principes utilisés aujourd’hui. Cependant, nous aurons levé les barrières causées par les codes propriétaires, les différentes plateformes d’exploitations, des programmes incompatibles. D’ici 20 ans, nous aurons beaucoup avancé sur la définition et l’adoption par le plus grand nombre de normes communes et les applications seront toutes interopérables sur un système ouvert. Un système ouvert, mais pas gratuit : les licences seront forfaitaires, et les utilisateurs paieront en fonction de leur utilisation des services et des applications.

Le e-learning exploitera les applications de Voix sur IP, de vidéo sur IP, la modélisation en 3D, et l’utilisation de capteurs sensoriels : toutes ces applications auront une immense capacité d’interactivité et d’adaptation à l’utilisateur et au contexte d’utilisation. L’utilisation de capteurs tactiles permettent l’analyse de mouvements et restituent des résultats à l’écran, en donnant un feedback à l’apprenant. Certains apprentissages peuvent bénéficier de cette technique : dans l’apprentissage d’un sport, d’un instrument de musique ou d’un métier manuel par exemple, cette technique permettra d’apprendre les bases en accéléré, de décomposer très précisément un mouvement pour se perfectionner, etc. Ce qui ne remplacera évidemment pas l’instructeur, mais permettra d’optimiser l’apprentissage selon différents modes.

Les applications du Web sémantique : recherche d’information sémantique, sur les préférences de l’utilisateur, son historique, etc. Service après-vente de l’apprenant, le RSS  du futur (ou bien un autre standard de ce type) pourrait informer automatiquement l’apprenant des avancées dans les domaines qu’il a étudiés, avec la possibilité de choisir et de prioriser les thèmes. Les vidéos seront interactives et l’utilisateur pourra obtenir des informations complémentaires sur tout élément du document de façon intuitive à l’intérieur même de la vidéo.

En fonction du profil de l’apprenant (son historique d’apprentissage, ses compétences avérées, ses objectifs, ses styles d’apprentissage, points forts et points faibles, ses goûts, etc.), des agents intelligents seront capables de lui proposer des scénarios et des programmes d’apprentissage ; son évaluation et sa progression seront conservées sur son profil d’apprentissage ou passeport d’apprentissage.

Dans quel contexte ?

On peut classer les types de contextes d’apprentissage ayant recours au e-learning :

  • La formation tout au long de la vie : comprendra tous les types et contextes de formation listés ci-dessous.
  • Formel (diplômant, certifiant, professionnel)
  • Informel (pour le plaisir, sans planification préalable, en dehors d’un programme, non institutionnel, etc.)
  • Contextualisé (avec une contrainte de temps, de lieu, ou dans une situation spécifique, nécessitant l’utilisation d’un appareil donné, etc.)

Note : l’apprentissage peut être à la fois formel et contextualisé ou informel et contextualisé. 

  • Distant
  • Présentiel : dans un apprentissage en présentiel, nous aurons beaucoup plus recours aux outils de communication et collaboratifs utilisés dans le e-learning à distance.
  • Mixte (blended learning) : avec des temps d’apprentissage à distance et des temps de regroupements dans un même lieu.

Les contextes mentionnés sont bien entendu ceux dont on parle aujourd’hui mais, si quelques pays ont expérimenté et développé certains outils et pratiques associés aux TICE depuis plusieurs années, la majorité des pays ne pratiquent que l’éducation en présentiel sans avoir recours au numérique.  Il est difficile d’imaginer qu’un quelconque apprentissage ne sera pas partiellement effectué en ayant recours à n’importe quelle forme de e-learning en 2030, au moins dans les pays qui pourront profiter de ces avancées technologiques.

Quelles seront les contraintes ?

Le e-learning ne fait pas exception : les contraintes auxquelles nous devrons faire face toucheront les domaines suivants :

  • Économie : quelle sera la situation économique mondiale en 2030 ? Quel rôle jouera le e-learning dans l’équilibre économique mondial ?

Si nous ne prenons pas en compte dès maintenant les pays en voie de développement, la fracture ne sera-t-elle pas alors encore plus grande ?

Les pays en voie de développement accèdent certes de plus en plus à Internet et aux réseaux mobiles, mais recevront-ils en 2030 la même qualité de service que les autres pays ? L’infrastructure réseaux en 2030 sera-t-elle entièrement unifiée et accessible à tous ? Disposerons-nous des mêmes outils et des mêmes droits nous permettant de contribuer à part égale sur un réseau mondial et « ouvert » ?

  • Qualité des contenus pédagogiques : gérer la qualité des contenus ; s’assurer que tous aient accès à la même qualité de contenu ; développer de vastes partenariats éducatifs entre pays du Sud et du Nord.

Système ouvert ne veut pas dire gratuit : l’accès aux services et aux contenus de qualité ne sera pas gratuit et donc pas accessible à tous. Nous serons certainement en mesure de garantir un niveau de qualité minimum satisfaisant, grâce notamment à la création d’un système d’impôt similaire à la redevance télévisuelle ou bien à un impôt indexé sur le niveau de vie, permettant aux moins aisés de bénéficier des services Internet au sens large.

Il ne faut pas se tromper d’objectifs : l’accès et le contenu au lieu de la motivation et le contexte. « Learning pull » et non pas « technology push »

Il faut donc que nous réfléchissions sérieusement à un nouveau paradigme de l’apprentissage, définissant les rôles des professeurs dans un environnement numérique où les outils sont capables de gérer un grand nombre de tâches. Ce sont eux qui pourront dire comment moduler les rôles et l’intervention des outils dans le processus d’apprentissage, et ce sont eux qui créeront les objets ou grains d’apprentissage. Ils joueront davantage le rôle de modérateurs, de guides, de tuteurs, au sein des réseaux sociaux (monde numérique ou virtuel) et dans les moments de regroupements en présentiel.

  • Énergie

Nous devons avoir une consommation raisonnée de l’énergie et en 2030 chacun devra sans doute respecter des quotas de consommation énergétique, à un niveau individuel.

  • Droit

Comment gérerons-nous les questions de droits d’auteur sur des contenus qui seront réutilisés de façon illimitée et dans différents contextes, et la sécurité des données privées ? La notion de contribution et de collaboration et celles de grains ou d’objets d’apprentissage réutilisables dans différents scénarios et séquences pédagogiques, n’entraînera-t-elle pas la fin de la propriété intellectuelle ?

  • La société et le rapport au temps et à l’espace, au privé et au public

Mobilité et accessibilité

Une contrainte à gérer est celle de notre disponibilité due à notre « ubiquité » et la possibilité (ou le devoir) d’interagir avec plusieurs couches de réalité du fait de notre appartenance à plusieurs réseaux de personnes : être joignable partout et à tout moment, est-ce une liberté ou une contrainte ? Selon Michel Butor dans Essais sur le roman (1969), l’arrivée de nouveaux médias, comme la radio et la télévision avait changé notre conception de l’espace et nous avait permis d’avoir une fenêtre sur le monde extérieur :

« Aujourd’hui, nous ne vivons jamais dans un lieu unique ; nous avons toujours une localisation compliquée, c’est-à-dire que lorsque nous sommes quelque part, nous pensons toujours aussi à ce qui se passe dans un autre endroit, nous avons des renseignements sur l’extérieur. Ouvrons la radio, nous voici “en présence” d’un speaker distant de centaines ou de milliers de mètres. Je suis bien “chez moi”, mais ce “chez moi” n’est pas fermé, il “communique” par la radio, le téléphone, la presse, les livres, les oeuvres d’art. »

L’arrivée de la téléphonie mobile et d’Internet a rendu les frontières de l’intimité plus floues. La fenêtre sur l’extérieur qu’apportaient un objet comme la télévision ou la radio (nous étions alors récepteurs et non pas émetteurs-récepteurs) s’est transformée en porte battante ! Je peux regarder ce qui se passe à l’extérieur, mais l’extérieur vient également me solliciter et regarder chez moi.  Je crois cependant qu’en 2030  nous aurons alors appris à négocier les deux et que l’environnement numérique (monde virtuel) et l’environnement physique (monde réel) se juxtaposeront sans que notre intimité soit menacée.

Quels bénéfices pour l’utilisateur ?

L’apprenant n’est plus passif, il développe un esprit critique et une capacité à résoudre des problèmes, peut partager sa vision du monde avec son professeur et les membres de la communauté d’apprenants, il reçoit une évaluation plus détaillée et davantage de feedback. Le e-learning multimodal et collaboratif, donne l’occasion (et les outils) à l’apprenant de questionner davantage les choses et de découvrir un sens dans la vie quotidienne. Il n’est plus un auditeur passif, mais est amené à s’exprimer et à découvrir le pourquoi des choses dans la vie de tous les jours et par conséquent dans son apprentissage. Un autre avantage pour l’utilisateur est la réduction des « coûts inutiles ». Grâce aux systèmes ouverts, à la disparition des disques durs et à l’utilisation de services à la carte, l’utilisateur ne paye que pour les services qu’il utilise. De même, l’apprenant ne paiera que pour les services de formation qu’il utilise.

D’un point de vue culturel, le e-learning 4.0 permettra une plus grande ouverture sur le monde et les cultures au sens large. La possibilité de co-apprendre, collaborer, correspondre avec des personnes de langues, de cultures, ou de disciplines différentes est un point très positif.

Les agents intelligents et les outils aideront l’apprenant à choisir les méthodes et les stratégies d’apprentissage les plus efficaces par rapport à ses objectifs (apprentissage contextualisé), et il pourra se concentrer sur son apprentissage sans contraintes technologiques (informatique pervasive et adapté à l’environnement). Il aura accès à des contenus personnalisés, à des solutions et services évolutifs adaptés à ses besoins.

Les apprenants pourront réellement étudier à leur propre rythme. Combler ses lacunes, remédier à ses difficultés, rejouer le scénario d’un cours autant de fois que nécessaire, obtenir un diplôme et se former plus rapidement qu’aujourd’hui : l’apprentissage entièrement personnalisé sera banal en 2030.

L’apprenant sera rarement passif ou isolé, et il contribuera à l’apprentissage de ses co-apprenants : Chaque apprenant peut être lu, évalué, encouragé, reconnu par d’autres apprenants (sur le mode du peer-reviewing), par d’autres utilisateurs, et ne reçoit plus de feedback que de la part de son professeur – tuteur.

Grâce aux technologies avancées, on aboutira à un système éducatif plus motivant, plus modulable et plus objectif du point de vue de l’évaluation.

Grâce à l’évolution des normes et standards du e-learning, des réseaux, de la documentation et de la communication, les contenus pédagogiques multi supports pourront être exportés dans tous les formats existants ; les standards documentaires seront bien normés et s’adapteront à tous les dispositifs (taille de l’écran, type de navigation, etc.)

Libérés des contraintes technologiques, aidés par des outils performants et s’adaptant à nos profils et besoins, offrant des interfaces (IHM) très conviviales, l’apprenant pourra se concentrer sur son apprentissage. Les instructeurs joueront pleinement leur rôle de guide dans la transmission de savoirs.


Creative Commons License
Learning 4.0 : Comment apprendrons-nous en 2030 ? by Anne-Charlotte Chaput est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.

 

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